ET SI C'ETAIT LA NOTRE

CULTURE !

 

 

 
«  A debon, tu t'l'enlèves ce Gazadiel* que t'ya sur la tête,

où tu vas aller t'le chercher en bas la Marine ! »

Coiffée d'un beau chapeau la Parisienne interloquée, bien calée dans un fauteuil du cinéma de Noto, se retourne fort surprise. Quel est ce langage qu'elle comprend à moitié ? N'est-elle pas en Algérie où les gens doivent parler le français qu'elle croit connaître ?
Et bien non, le français n'était pas la langue maternelle de cette province d'Algérie. Sa langue c'était le « Callois » et si un certain français existait au sud de la Méditerranée, c'était que les gouvernements de la -Métropole- s'étaient efforcés d'inculquer à ces Méridionaux, la langue des français de Paris à coups de bâtons et de punitions. 

Toutefois la langue Calloise avait résisté, s'était rebiffée et finalement elle s'était immiscée dans la langue française importée. 
Les instituteurs croyant bien faire, avaient mis tout leur zèle au service de ce français-Parisien- qu'on leur disait être la seule langue digne de ce nom dans ce pays. Il fallait chasser ce Patois, ce Sabir, tout en corrigeant ce français teinté de Callois que ces enfants retrouvaient dés qu'ils avaient un pied dans la rue. 
Mais voilà, après cent ans d'efforts, l'école de la -République- n'avait pas réussi à tuer -le Callois- ni même à éviter l'influence du Callois parlé sur le français de La Calle qui était bien vivant. Et les mots Callois francisés, c'étaient introduits dans cette langue venue de -Métropole-.
Cependant au fil des temps, ce français à la sauce Calloise est apparu aux yeux des autochtones, comme leur français à eux, ils se sont mis à l'apprécier et à l'utiliser sans complexes et parfois même avec une certaine fierté. C'était pour eux, une façon de plus de s'affirmer -Callois- avec ce français local haut en couleurs et si vivant.
Quand l'entendions-nous ? Partout et toujours : des Quais jusqu'en haut le Fort et de la Grande plage à celle de l'Usine.
Dés que le français de-Métropole- ne pouvait traduire une réalité ou une nuance, les termes Callois apparaissaient. En effet comment dire en français officiel : « Stangue e strutu e coulu rutu* » (Les u se prononcent ou en Napolitain),comme le disaient si bien nos marins au soir d'une mauvaise pêche ? De même comment traduire tous ces dérivés que l'on entendait constamment, qui indiquaient le dégoût ou la tendresse ? Quels étaient les termes français qui, correspondaient à une « Dormade » ou une « Mandgeade », il n'y en avait point ! Sieste ou Repas ne
suffisaient pas !
Alors que dire de ce français -Calloinisé- ? Et bien, il s'agissait sûrement de la résurgence de ces réalités Calloises, inconnues dans cette France du nord et même d'ailleurs en Algérie, et de la présence de l'âme de ce vieux comptoir français qui transpirait à tout moment, de cette âme de nos ancêtres avec ce parler véhiculé à travers le temps, qui pouvait grâce aux dérivés d'un seul mot, exprimer la grandeur ou la petitesse, l'affection ou la colère.
Callois, vous qui parlez français entre vous, ou écrit sur cet inestimable outil de liaison-Le Petit Callois-, n'ayez pas honte, utilisez le plus possible tous ces termes irremplaçables d'origine Calloise. Ils témoigneront de votre personnalité véritable que vous avez le droit et le devoir de protéger, afin que la civilisation de troubadours qui était la vôtre continue à travers le temps, à donner généreusement le meilleur d'elle même à un environnement qui, à travers l’incompréhension il est vrai, l'attend peut-être !

 

*Gazadiel : Gâteau de Pâques

*Stangue e strutu e coulu routu: Exangue  amaigri et l'anus cassé